La bande de Gaza est un territoire palestinien coincé entre l’Egypte et Israël. Elle borde la côte de la méditerranée en rectangle de faible largeur. Ce petit territoire de la Palestine historique a été colonisé par Israël en 1967, pendant la guerre des six jours. Comparé au pays sous l’occupation, il serait de l’ordre d’une pincée sur le bord d’un gâteau : aux environs de 360km2. Espace exigu et intensément peuplé, cette Bande – comme on l’appelle -, manque de tout et ne peut subvenir aux besoins de son million et demi d’habitants, dont la moitié tient en vie, grâce à l’aide humanitaire distribuée par l’UNRWA. Aux difficultés inhérentes à la pénurie s’ajoute le bouclage imposé par l’occupant qui tient cette population en séquestre entre quatre murs drastiquement surveillés. Dans ce pénitencier sans âme, les pauvres gens devaient, depuis plusieurs mois, subir le calvaire de longues coupures électriques sous-jacentes à l’embargo imposé sur le ravitaillement de la cité en carburant. Cette mesure a dû, de surcroît, affecter les services de transport et d’assainissement. On pouvait toujours aller à pied, mais comment faire pour cuisiner, pour éclairer, pour pomper de l’eau potable ? Et ce n’est pas tout ; malgré le dénuement qui frappe une population en détresse, Israël déclare furtivement la guerre à ces miséreux. Les raids du Tsahal soutenus par des chars sur le sol et des destroyers le long de la côte transforment, en quelques jours, ce petit territoire en brasier.
Jamais dans l’histoire des guerres, on n’a assisté à un massacre systématique à l’encontre de civils assiégés. Ceux qui ne meurent pas de faim, meurent de soif ou de maladie- faute de médicaments. Ceux qui survivent en dépit du dénuement, devaient mourir sous les décombres ou au cours des exécutions sommaires dans des bâtiments transformés en camps de détention, aussitôt pilonnés. Les bombardements qui chiadent, séance tenante à serrer l’étau sur la population pour obliger les combattants à baisser les armes, ne laissent pas de répit pour les gens qui font la queue devant les boulangeries. Il n’a pas fallu plus d’une semaine pour que Gaza tombe dans un état comateux. Le tableau dépeint un présent monstrueux, où le stade de l’horreur, de loin dépassé, présage l’effondrement total dans la région du Moyen-Orient. Les séquences que publient les chaînes de télévision font état d’une rage écumée : un abattage intensif de tout âge. Les valeurs humaines ayant été laissées de côté, les lois transgressées, l’hypothèse d’une guerre à large envergure n’est plus à écarter. Cette situation inédite se situe au-delà de l’idéologique, de l’économique et du stratégique, elle dénonce tout simplement la veulerie de la texture culturelle, sur deux bords de commanditaires, qui se disputent crapuleusement le mérite de qui détient la vérité, tout en maintenant des innocents entre leurs feux croisés. La population martyrisée, devrait, à tout prix, être protégée ! Que veut-on de pauvres gens qui ne savent pas au nom de quoi on les spolie ni pour quoi on les tue ? Au moment où j’écris, la conscience humaine a parlé. Les rues ne désemplissent pas, et aux cris s’unissent les armes. On pleure les valeurs bafouées, l’avenir du monde hypothéqué et le sens de la vie avili. Le problème est qu’il y ait un silence complice – de la mort- sur la rive qui profite de cette tragédie morale ; je voudrais parler d’un climat confus imprégné de connivences ; ça a l’air de donner crédit à cette absurde théorie du « chaos positif », dont on a entendu parler en 2006, lors de la guerre du Liban. La preuve est qu’Israël use d’une munition au stade d’essai liée aux armes à effet-retard, pour faire griller les habitants de sa réserve, ou plus exactement de ses camps de concentration de moribonds. Dans quel intérêt, me dites-vous ? On se prépare au pire, dans cette région, où les enjeux sont de taille et où l’agenda ne prend pas en compte la volonté des peuples. Tout se décide ailleurs, à la solde d’autres tutelles.
Le désastre auquel nous assistons, actuellement, n’a pas de nom, pas de visage non plus. Comparée à ce que subissent ces séquestrés, au quotidien, la prison semblerait un luxe ; au moins là-bas, on sert à manger, et une fois blessé, il y a un service qui s’en occupe. Dans cet enfer, on ose empêcher les secouristes d’assister les blessés. Il n’y pas de commune mesure entre être détenu ailleurs et être entre les murs de Gaza : une zone hors-la loi, un désert de haine où le cri de détresse rencontre le silence impassible de l’illégitimité et de la suspicion. La démesure dans la folie, l’outrance dans l’atteinte à l’intégrité humaine! Ce n’est pas suffisant, qu’ils ont vu. Et ils envoient leurs avions faire la peau aux civils qui sortent de chez eux, au cours de la trêve, en quête d’une bouchée pour leurs enfants ou dune gorgée d’eau. Peu de chance pour un blessé, puisqu’on le tuera sur les chemins, s’il ose se diriger vers un hôpital. On bombarde aussi les refuges, les hôpitaux et les reporters. Les médecins, comme tout autre. Tout doit mourir : tolérance, différence, innocence, droit, vérité! Seuls eux ont droit à la vie ; leur idéologie le dit ! Ils sont les élus, les meilleurs. En un mot, c’est du nettoyage ethnique motivé par de grands intérêts !
Je n’ai pas besoin de comprendre autrement, lorsque je vois depuis près de deux décennies, le spectacle insolite de la chasse à l’Homme pratiquée sur des enfants palestiniens qu’on traque, qu’on torture sous l’objectif des caméras, ou qu’on tue à bout portant, de sang froid. Je n’irais pas chercher loin, lorsque des bulldozers saccagent les champs des paysans autochtones et détruisent gratuitement leurs maisons pour étendre leurs colonies. La vérité n’est pas ailleurs, lorsqu’on tue pour tuer ; parce que celui qu’on tue « vaut mieux mort que vivant » ( ?) Que signifie tuer un enfant agrippé à son père-qui ne sera pas épargné à son tour- ; rien que parce qu’ils se sont trouvés sur un lieu de manifestation ? Dois-je me demander si Israël a raison, lorsqu’à l’issue d’une longue trêve, au-lieu d’engager le processus de paix, amorce le renforcement du blocus, sans avoir à se soucier du sort de ceux qu’on a asservis, annihilés, affamés, tués à petit feu.
Ce que je ne comprends pas, c’est qu’en dépit de ce déficit moral, ces gens continuent à parler d’un monde meilleur pour les enfants palestiniens. Serait-ce dans l’au-delà, vers lequel, ils les expédient massivement. Car dans ce monde de haine, à l’édification duquel, ils contribuent, de quel avenir peut-on parler à la vue de deux milles blessés graves, parmi lesquels des enfants mutilés ou partiellement paralysés ? Abstraction faite aux effets-retard des munitions occultes utilisées dans cette sale guerre.
Abdallah Jamoussi
Sfax le 16/01/09
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