lundi 5 janvier 2009

De Carthage à Gaza, la tare persiste

Le 02/01/09, Nizar Rayène connu comme fort ténor de la lutte contre l’occupation israélienne a préféré périr avec ses femmes et ses enfants sous les décombres, que de quitter sa maison menacée de destruction par l’aviation de Tsahal. Ayant pris acte de l’imminent démantèlement de sa demeure, un autre que lui aurait évacué, afin d’éviter une fin inéluctable. Le pilonnage de sa maison de quatre étages fit quatorze victimes d’un seul coup. Que devons-nous comprendre à l’égard d’un tel sinistre ? Quel message, ces victimes ont-elles voulu adresser à la conscience humaine, avant de rendre leur dernier soupir ? Notons que le défunt fut Docteur en théologie donc il savait à quoi s’en tenir.

En première lecture, sa détermination à attendre la mort sous le toit de sa maison, plutôt que de chercher à préserver sa vie et celles des siens, paraitrait un acte absurde et même négativiste, étant donné qu’on puisse toujours reconstruire ce qui a été détruit, mais à aucun prix, on ne saura ressusciter les morts. Il parait donc, qu’il y a des prévalences qui priment la vie. Un symbole ! Quelque absurde que puisse nous sembler cette position, elle nous renvoie à un événement historique de même signification.

Lorsque en -146, Rome décida de détruire Carthage, les militaires demandèrent aux carthaginois d’évacuer leur ville, faute de quoi, ils seraient écrasés sous ses murailles. On raconte que des femmes carthaginoises étaient venues supplier Scipion d’épargner leur ville et de s’en prendre à elles: « Tuez-nous, faites de nous des esclaves, mais ne détruisez pas Carthage ! ». Leur requête ne fut pas entendue et la plus belle ville de l’époque fut rasée. On aurait demandé aux habitants d’évacuer, mais ils avaient choisi de la défendre jusqu’au dernier, plutôt que de se déraciner et de s’aliéner. Elle était de la surface de Gaza. Edifiée en pâtés d’immeubles de six étages, elle était aussi surpeuplée qu’elle. Ce patrimoine humain fut le joyau de la méditerranée. Saccagé, pillé, démoli, terrassé, brûlé et recouvert d’une couche de sel, - même disparu à jamais-, il hante encore les relations entre Orient et Occident. Le démantèlement de Carthage eut été si terrible qu’il ne tarda pas de se répercuter, quoique un plus tard, en dissensions entre Est et Ouest. Ce crime situé à plus de deux millénaires de notre époque continue constituer une ligne de suture sur une plaie récidivante entre deux mondes, pourtant voisins. En apparence le syndrome se situe au niveau confessionnel, mais dans les faits, il s’agit sur les deux bords d’une répulsion mutuellement démentielle difficile à comprendre, à contenir ou à exorciser. C’est absurde, puisqu’on ne se rappelle de rien. Et pourtant, Carthage est déjà entre deux civilisations. N’ajoutons pas d’autres plaies ! Je sais très bien que les occidentaux qui suivent les actualités s’étonnent de voir affluer de droite comme de gauche des foules prêtes à répondre à l’appel de Gaza. Et ils ne mentent pas, ces gens de tout bord, malgré leurs divergences politiques avec Hames! Même les Kurdes de Turquie se seraient manifestés. Bientôt on verra l’Orient en convulsion, un peu plus tard, ce serait le tour des opprimés qui auraient subi au cours de leurs histoires respectives des états de siège ou la destruction de leurs habitations. Ce sera un chaos irréversible, une fois Gaza rasée. A l’instar de la substance, l’Histoire se transforme, tout simplement. Le conflit depuis Darius entre grecs et perses gite encore dans les abimes des strates de la conscience. Rien ne se perd. Malheureusement, nul ne sait, à quel moment se réveille son démon.

Les politiciens qui mènent cette valse macabre en clapotant dans des mares de sang, peuvent le faire pour le moment à leur guise, puisqu’en tout état de cause, cela leur permettait d’inspirer crédit à leurs électeurs, mais autant que je sache, ces gens obstinés ne sont pas en mesure de calculer les conséquences de leur acharnement démesuré. En règle générale, un politicien ne voit pas plus loin que le programme électoral. Je pense à l’empressement de Tzipi Livni, venue exposer sa stratégie ridicule à l’Elysées, sans pour autant penser à la dimension historique de son entreprise, ni à ses retombées à moyen terme.

Ce n’est pas que je sois contre l’existence d’Israël, mais le fait de voir de quelle manière délibérée ces gens s’en prennent à la vie humaine, « rien que pour affaiblir Hamas ! », me laisse perplexe quant à leur avenir dans cette région. Aucun d’eux ne verrait ce que renaitrait des gravats de ces immeubles qu’ils réduisaient depuis une semaine en chaux et en cendre. Tôt, ils comprendront que c’est le projet du Moyen Orient qui serait passé en fumée dans le tas qu’ils brûlent. La feront-ils sans peuples, cette sphère méditerranéenne proposée par Sarkosy? A chacun de leurs raids, il y a des milliers d’enfants qui se blottissent contre leurs mères, des mères qui se lamentent et du sang qui monte dans les têtes des jeunes. Ils savent que dans leurs parages, il y a, non loin de chez eux, des gens qui ont les mains souillées de leur sang. La haine semée, arrosée de larmes, nourrie des sédiments d’une terre martyrisée ne produira en retour que violence et carnage. C’est sûr, qu’on dira, après avoir tout foutu en l’air, que les voisins de la région ne semblent pas très accueillants.

Avant de clore cet article, je voudrais attirer l’attention de ceux qui ne voient pas long, que la guerre en masse sous-jacente à l’industrie en masse est à son déclin. Peut-être bien aussi, que la mondialisation n’aurait été qu’« un rêve d’une nuit d’été ». Et même en l’absence de tout projet, l’humanité saura continuer à vivre et à donner. Notre survie sur cette planète tient au sens qu’on donne à la vie. C’est dans ce cadre moral basé sur le respect de soi et de l’intégrité de l’autre que tout se décide. Et quoi qu’on en dise, il n’y a pas pire que la bestialité quand elle se déchaîne ! Empêchons, donc, le désastre, avant qu’il ne soit trop tard ! Ce spectacle écœurant auquel nous assistons n’a rien d’une guerre. C’est un abattage en masse, dans un enclos, dans une arène fermée, dans le silence complice de ceux qui font la moue. Il n’y a pas de guerre quand la chair s’oppose au fer, quand le sang s’oppose à l’épée, quand des silhouettes faméliques et encore exténuées s’exposent sous des toits fragiles aux bombes de tout calibre. Un génocide, certes – encore qu’on ait mis des civils dans une boîte ficelée : un bouclage terrestre, sous-terrain, aérien, maritime et noyautage à l’intérieur. N’est-il pas obligatoire d’empêcher ceux qui se plaisent lascivement à obstruer les accès à toute solution politique, afin d’étancher leur soif à la vengeance. Et de qui ? L’Histoire ne dit pas que ces gens eussent appartenu, un jour, au Troisième Reich.


1 commentaire:

A. Jamoussi a dit…

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